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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 12:38

VIII. LA FIN DU FLAMINAT

On comprend dès lors de quelle manière finira le flaminat. Les flamines primitifs, ceux de Jupiter ou de Mars, n'ont plus, dès le IIIe siècle, qu'une existence ignorée et peut-être intermittente. Les «flamines» par excellence, sans épithète, sont ceux de l'empereur. Or, sous la forme d'une religion archaïque, c'était une religion toute politique qu'ils desservaient. Ils avaient le nom et le costume traditionnels des prêtres de la vieille Rome ; mais leurs fonctions les attachaient à des dieux qui n'étaient dieux qu'en vertu de leur titre de chefs de l'Etat. Le flaminat devait donc, tôt ou tard, perdre toute importance religieuse ou morale : il ne demeurera de lui qu'un titre et qu'un costume.

Par leur condition, les flamines impériaux ne pouvaient prétendre aux grands rôles religieux. Ils étaient tous, à Rome et dans les provinces, magistrats ou fonctionnaires. Germanicus, Drusus, les plus grands personnages de l'Empire ont été flamines d'Auguste ; ce titre pouvait-il ajouter quelque chose à leur prestige et à leur influence ? Qu'on lise les Philippiques de Cicéron, et on verra le peu de place que tient dans la vie et la politique de Marc-Antoine sa qualité de flamine de Jules César. Dans les municipes, les chefs de la cité sont également flamines : or, les devoirs politiques et la puissance de curateur ou de duumvir faisaient sans doute beaucoup plus pour leur dignité et leur influence que leur apex flaminal. Les sacrifices devaient être pour ces hommes, les premiers de leur cité, la corvée banale de la vie politique. Je me représente à peine Germanicus sérieusement attentif, au milieu de toutes ses guerres, à son rôle de sacrificateur. Dès l'an 300, il semble bien que dans les villes, où la ferveur religieuse a été plus durable, les sacrifices aient cessé d'être obligatoires au flamine : le concile d'Elvire permet aux chrétiens d'arriver au flaminat, s'ils consentent à s'en abstenir. Ils peuvent donc se tenir éloignés des autels.

Par la destination même de ces sacrifices, les flamines devaient perdre également de bonne heure leur caractère religieux : ils adoraient l'empereur, et ils étaient magistrats ; c'étaient donc, en réalité, des fonctionnaires rendant hommage à leur chef. Ce n'était pas cette religion qui devait donner à ses ministres la prépondérance morale sur les populations. Le flaminat demeura inévitablement en dehors des mouvements religieux du IIIe et du IVe siècle. Si les flamines président aux tauroboles, ils y président avec une attitude de magistrats : les vrais prêtres, puissants sur les âmes, sont les sacerdotes des religions exotiques. Pénétrez dans la vie d'une cité au temps de Julien : le flamine apparaît dans les moments solennels de la vie publique, en tête des cortèges, dans les spectacles, reconnaissable à la pourpre de son vêtement. Mais assistez aux vraies cérémonies populaires, ce sont d'autres prêtres que vous trouverez.

Dès lors, au IVe siècle, le flaminat devient moins une prêtrise qu'une fonction, et mieux encore un titre et rien qu'un titre. On dit d'un haut personnage qu'il est «flamine» comme on dirait de lui qu'il est «chevalier» ou «sénateur». Les premiers personnages des villes accolent à leur nom l'épithète de flamen perpetuus, comme ils font celle de vir egregius ou de vir clarissimus.

Mais c'est précisément ce caractère purement honorifique du flaminat qui devait le sauver au IVe siècle. N'étant plus qu'un nom, il put rester : les chrétiens n'en eurent point peur. Ils ne firent supprimer (ce fut sans doute sous Théodose) que les trois vieux flaminats romains : ceux-là, portant éternellement le nom de divinités odieuses, Jupiter, Mars, Quirinus, avaient comme une étiquette qui les rendait impossibles. Les flamines impériaux, appelés maintes fois simplement «flamines», ne portèrent aucun ombrage. Dès l'an 300, le concile d'Elvire nous montre en Espagne les chrétiens arriver au flaminat : à la condition, il est vrai, de ne point se souiller par un sacrifice, et de se soumettre à une pénitence. Aussi le triomphe du christianisme, vers l'an 400, ne toucha pas l'institution du flaminat. Même au delà de cette date, on voit que les flamines perpétuels ont subsisté en Afrique, aussi nombreux, aussi considérés qu'autrefois.

Ils survécurent même à la domination romaine. Au Ve siècle, il existait encore des flamines dans la Gaule burgonde. Au VIe siècle, il y en avait dans l'Afrique vandale, et on possède une inscription, datée de l'an 525, qui est l'épitaphe d'un Africain chrétien et flamen perpetuus. Ainsi les limites extrêmes connues du flaminat sont marquées par les règnes de Romulus et du vandale Hildéric. Seule, l'institution du sénat a eu d'aussi longues destinées.

Il ne serait même pas impossible que le flaminat n'ait pas disparu tout entier au VIe siècle : peut-être a-t-il laissé quelques vestiges, au moins de son costume. La manière dont est représentée la flaminique sur les tombeaux, lui donne une certaine analogie avec les «orantes» chrétiennes. La tiare pontificale, telle que la portaient à l'origine les évêques de Rome, blanche et de forme conique, ressemble assez au bonnet flaminal. Mais avant même de rien supposer en cette matière, il faudrait connaître davantage les origines du costume des prêtres chrétiens.

 

 

 

Remerciements au webmaster du site MEDITERRANEES et en particulier Agnès VINAS

:http://www.mediterranees.net/index.html

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Published by Barbara de Toulouse - dans Et si Rome m'était conté !!
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