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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 11:04

Comme je ne suis pas une "grande savante" mais juste une femme en quête, je laisse la parole à des gens qui sauront mieux exprimer cetaine chose du "monde juif".......


Emeric Deutsch est sociologue et psychanaliste. Il est un ancien Professeur de Psychologie sociale à l' Institut d'Etudes Politiques de Paris et ancien Directeur Général de la SOFRES.

Il est aussi l'auteur d'une série d'articles sur le Site Lamed.fr où il explique ce que sont les livres sacrés du Judaïsme et ce qu'ils expriment.....et se qu'apporte leur lecture !!



donc voici cet article sur la Torah et le Talmud

 

"Notre peuple existe par l'unique vertu de la Torah". Cette phrase a été écrite, il y a plus de 1,000 ans, par le Gaon Saadia (vers 930) et il ne s'agit pas là d'une formule creuse, mais d'une définition précise.

Si le peuple juif se définit dans le temps par son origine, son histoire, son destin; dans l'espace par le lien fondamental et indissoluble qui l'attache à Sion, à Israël, ces deux dimensions n'acquièrent leur contenu significatif que grâce à une troisième qui les transcende: la Torah.


Le juif est un phénomène qui échappe à la classification, car il est un devenir en fusion avec un autre devenir: la Torah

II est aussi absurde de définir le juif comme membre d'une nation que de parler d'une confession israélite ou d'un judaïsme culturel ou laïque. Le juif n'entre dans aucune catégorie classique pré-établie. Il est un phénomène qui échappe à la classification, car il est un devenir en fusion avec un autre devenir: la Torah. Sans juif point de Torah ;sans Torah point de juif.

Pour dégager la signification de la Torah, nous allons d'abord étudier l'étymologie de ce mot, puis en examiner le contenu et notamment la place qu'y occupe le Talmud.

En effet, ce n'est qu'une fois parvenu à situer la place du Talmud dans ce qu'est la Torah pour le juif, et à dégager ce que signifie "étudier le Talmud ", que je pourrai, je l'espère, vous faire comprendre ce que cette étude m'apporte.



SIGNIFICATION DU MOT TORAH



Ce mot hébreu procède de (yarah) qui signifie: jeter, lancer, tirer, projeter, et ce n'est que le sens dévié qu'en donnent: enseigner, montrer, indiquer.

Si nous reprenons maintenant les quatre lettres qui composent le mot Torah nous trouvons la triade (tor) et la lettre (hé).


Le mot (tor) comporte des significations multiples:

un temps: âge, époque;
un espace: forme, aspect; un lieu de rencontre espace-temps: rangée, ordre, le tour, l'échéance de quelqu'un ou d'un événement; une action d'exploration (latour): parcourir, explorer.

Cette rencontre spatio-temporelle nous renvoie au premier sens: projeter, tirer, lancer. La Torah est un projet, un devenir: un lieu de rencontre espace-temps. Voilà donc un premier isomorphisme avec le devenir spatio-temporel que constitue Israël.

Le mot (tor) dénote, en outre, deux objets qui renvoient à leur tour à toute une suite de symboles. D'une part, tourterelle, qui suggère: paix, fidélité, dépouillement, légèreté, pureté, mouvement, innocence, liberté, absence d'attaches matérielles, etc. D'autre part, collier, qui symbolise: attachement, ornement, parure, richesse, ostentation, etc.


A preuve qu'il ne s'agit pas d'une simple spéculation sémantique j'évoquerai ce verset du Cantique des Cantiques:

(vekol hator nichma beartsénou)-"La voix de la tourterelle s'entend dans notre pays" -et le commentaire du Zohar à ce propos: "Cette voix, c'est la Torah orale ".

A ce (tor) vient s'ajouter la lettre (hé) pour former le mot (Torah).

Que signifie ce ? II renvoie à la transcendance divine. C'est le hé de la création: élé toldote hachamaim véaaréts béhibaram " Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu'ils furent créés"(1).

Or, le terme behibaram est écrit dans la Torah avec un d'une dimension inférieure aux autres lettres qui composent le mot. Rabbi Yehouda bar Ilai  commente cette originalité dans le Talmud(2): "Ne lis pas: "behibaram ", mais lis: "behébaram ": ce monde-ci a été créé avec le .

Quant au Zohar(3), il relève que (hibaram) est l'anagramme de (Abraham). Or, nous savons que celui-ci s'appela d'abord Avram et c'est à la suite de son alliance, son engagement de fonder une nation respectueuse de la Torah, que l'Eternel ajouta à son nom la lettre hé; ainsi d'Avram, il devint Abraham(4).

En somme, rien que sur le plan sémantique, la Torah est bien autre chose qu'un récit ou un recueil de rites ou de règles d'éthique, un code pénal ou une œuvre littéraire. Nous avons vu que la Torah est une voix.
Or, la voix, contrairement à l'écriture, est vivante. Elle se situe à la fois dans le temps et dans l'espace; ce n'est pas une suite de mots sous une forme achevée, un discours fixé une fois pour toutes sur le parchemin; c'est une parole vivante qui jaillit en permanence: Vékol Aame roime éte akolote "Tout le peuple vit les voix"(5)

Ceci nous amène directement au contenu de la Torah.


Le contenu



Réche Lakiche enseigne(6): "II est dit dans la Torah (7) "Je te donnerai les Tables de pierre, la loi et le commandement que j'ai écrits, pour les leur enseigner". Les Tables de pierre, ce sont les dix commandements; la loi, c'est la Bible; le commandement, c'est la michna; pour les leur enseigner, c'est la guemara ". Ce texte nous apprend que c'est tout cet ensemble qui a été donné à Moise au Mont Sinai.

Oui, dans son sens plein et traditionnel, la Torah comprend tout à la fois la parole de Dieu -telle qu'elle est consignée dans la Bible et plus particulièrement dans le Pentateuque (la Loi écrite) - et le Talmud, comprenant la michna et la guemara (la Loi orale). C'est cet ensemble qui forme un tout indissoluble: la Torah.



Entre la Torah écrite et la Torah orale, point de différence car, nous l'avons vu, c'est une même voix, une même parole, vivante et non figée.

 

II n'est pas possible d'étudier la Bible sans étudier le Talmud - la michna et la guemara.

 

C'est grâce à cet approfondissement continuel du texte, que le projet, la volonté, que constitue la Torah, sont assumés. "Tu te conformeras à la doctrine qu'ils (les membres du Sanhédrine) t'enseigneront, selon la règle qu'ils t'indiqueront" (8). Rien n'est figé ; la loi se fait et s'accomplit par ceux qui l'assument en l'étudiant.

Et il ne s'agit pas là d'une simple figure de style. Nous apprenons ainsi dans le Talmud(9) que Rabbi, parmi d'autres innovations, a autorisé la consommation des légumes, dès la huitième année (10). A ses collègues, choqués et indignés par ces réformes, il répliqua: "Venez discuter tous! II est écrit dans la Bible(11) :

Il (Ezéchias) broya le serpent d'airain érigé par Moïse (12).

Ne s'était-il donc trouvé aucun juste depuis Moise jusqu'à Ezéchias pour accomplir cet acte?

De quel droit ce dernier prit-il cette initiative que personne avant lui n'avait voulu ou osé prendre?

- C'est que ce diadème, le Saint, béni soit-il, le lui a réservé pour qu'il s'en pare. Quant à nous, c'est cette réforme-ci qui constitue notre diadème; il nous a été réservé pour que nous nous en servions ".
Peut-on montrer avec plus d'éloquence la liberté qui est laissée à l'homme par rapport à la Loi?

Peut-on dire plus clairement qu'elle est un projet, une volonté, à accomplir par l'homme?

 

Rappelons-nous que le héros de cette histoire est Rabbi Yehouda Hanassi, le rédacteur de la michna. C'est lui qui compare l'innovation à un diadème réservé par l'Eternel à celui qui en prendra l'initiative et la responsabilité.

Ceci nous amène à l'isomorphisme et à la relation fusionnelle entre Israël et la Torah. Les deux se définissent par la rencontre de l'espace et du temps dans la transcendance. Les deux constituent un devenir et un projet qui s'accomplissent en interaction: la Torah par le juif, le juif par la Torah. Ils se déchiffrent l'un par l'autre.

La Loi est (hala' ha), une marche vers l'accomplissement et non une exégèse de textes jaunis. Ce mot est formé de (hala'h) - "il marche" et la lettre (hé) indiquant la transcendance. C'est, pour chacun de nous, le (lë h lé ha), le "Va pour toi " d'Abraham.

(Avec l'aimable autorisation du Département de l'Education par la Torah de l'Agence Juive).


(1) Genèse 2, 4.
(2) Mena'hott 29 b.
(3) Léh léha 86.
(4) Signalons encore que la lettre hé est composée d'un dalete, symbolisant les deux dimensions de la terre, et d'un yod, symbolisant la transcendance,.
En hébreu non ponctué les lettres b et v sont identiques.
(5) Exode 20, 15.
(6) Béra'hotte 5 a
(7) Exode 24, 12.
(8) deutéronome 17 ,11
(9) Demaï (Yerouchalmi) 2; voir aussi Michna Cheviitt 6, 4.
(10) L'année qui succède à une année chabatique. Avant cette réforme, la consommation des légumes était interdite la 8e année pendant le laps de temps nécessaire pour produire de nouveaux légumes.
(11) 2 Rois, 18, 4.
(12) Moise avait dressé ce serpent au moment où, dans le désert, les juifs furent attaqués par les serpents (Nombres 21) qui firent des ravages dans le peuple. La vue de ce serpent d'airain, dressé vers le ciel, guérissait de la morsure. Plus tard, certains en firent une idole et c'est pourquoi Ezéchias le brisa .

 



Comment étudier le Talmud ?

1. Apprendre à apprendre

La pédagogie est seulement en train de découvrir que l'enseignement ou l'éducation, tels qu'on les pratiquait traditionnellement, sont à la fois une aliénation pour l'enseigné et une illusion, tant pour l'enseignant que pour l'élève.

 

Aliénation par le fait qu'enseigner c'est transmettre une idéologie q ui, généralement, n'ose pas dire son nom; c'est endoctriner des individus, jeunes ou âgés, qui n'ont pas les moyens de se défendre contre cette manipulation.


Un second aspect de l'aliénation est la fabrication de castes, la constitution d'un mandarinat du savoir, de confréries de diplômés de telle ou telle grande école ou académie, transformant ainsi la science, l'intelligence, en moyen de pouvoir, en outil de domination.


C'est exactement le contraire que nous enseignent nos Sages (1): "Ne fais pas de l'étude un diadème pour t'en glorifier, ni une bêche pour retourner la terre ".


Enfin, chacun s'accorde à dire aujourd'hui que notre système scolaire inhibe, sinon mutile, le pouvoir créatif de l'enfant.


Illusion que l'enseignement qui croit transmettre un savoir de celui qui sait à celui qui ne sait pas.

Les psychanalystes expliqueront cette illusion par le fantasme d'allaitement: la mère fait ingurgiter au nourrisson son lait maternel.

Illusion de l'enseignant qui croit transmettre quelque chose d'inerte à l'élève qui "boirait" sa parole.

Illusion de l'étudiant qui pense pouvoir "assimiler" passivement un savoir, "puiser" aux sources un objet tout fait, à l'élaboration duquel il n'aurait pas contribué par son propre effort.


II n'en est pas ainsi de l'étude du Talmud.



Qu'est ce qu'un savant? C'est un talmid 'ha'hame: un "élève sage ", celui qui sait étudier.

En yidiche on dit: "Er kenn lernen ", il sait apprendre; à l'opposé du mandarin, qui sait tout court.

Quant à la hiérarchie du savoir, nous lisons, quelques paragraphes plus loin: "Rabbi Elazar ben Chamoua dit: Que l'honneur de ton élève te soit plus cher que le tien propre, l'honneur de ton camarade comme la crainte de ton maître, et la crainte de ton maître comme celle du ciel ". En d'autres termes, toi, le maître (M), tu dois respecter ton élève (E) plus que toi même (E > M), ton camarade comme ton maître (El = M) et ton maître (M) comme l'Eternel. La boucle est donc ainsi bouclée:

E > M

E ->El = M
M = comme l'Eternel


En fait, on n'apprend pas pour savoir, mais pour enseigner et accomplir. II ne s'agit pas d'une transmission aliénante, mais d'une quête en commun d'une vérité qui se découvre, se fait, s'accomplit par son étude. Car (ha Torah Lo bachamaime hi), la loi n'est pas au ciel (4).

Elle est la parole vivante que nous faisons parler en l'étudiant et en l'accomplissant.

 

2. Se dépouiller, se remettre en question

Apprendre le Talmud ce n'est pas accumuler, mémoriser, stocker un savoir. C'est une quête, une exploration et une construction, qui n'est possible que par une action continuelle sur soi même.

Ainsi Rech Lakich enseigne (5): "Les paroles de la Torah ne peuvent s'accomplir (exister, se perpétuer) que par celui qui se mortifie (ou se met à mort) pour elle. Car il est écrit (6): "Voici la Torah: un homme meurt dans une tente . .. ".


Nous savons que la Torah dans sa totalité Loi écrite et Loi orale a été donnée en un endroit aride, que personne n'a cultivé, une terre vierge. "Un homme meurt dans une tente ". Juste un bout de toile pour le protéger du soleil, pas de palais ni même de maison confortable.


Shimon Ben Zoma enseigne (2): "Qui est le sage? Celui qui apprend de chaque homme". Car il est écrit (3): "De tous mes enseignants j'ai appris",

Le vrai sage apprend de chaque homme, et l'expression "tous mes enseignants" des Psaumes a bien cette signification: tous les hommes peuvent m'enseigner quelque chose, ils sont donc mes maîtres.


Pour accomplir vraiment la Torah, l'homme doit se dépouiller de son orgueil, de ses préjugés, de ses prétentions

Même dans cette tente, pour accomplir vraiment la Torah, l'homme doit se dépouiller de son orgueil, de ses préjugés, de ses prétentions. II doit se remettre en question complètement et à chaque instant, se libérer de ses faux fuyants, de ses justifications ou excuses, se mettre à nu et se regarder lucidement en face, sans complaisance.

 

C'est cela "se mettre à mort dans une tente ".Juste un bout de toile pour le protéger du soleil , pas de palais ni même de maison confortable.

3. Faire parler la parole

Apprendre le Talmud, c'est faire exister le latent, c'est donner une signification au chaotique

Parole en hébreu se dit: (davar). Les trois lettres de ce mot se retrouvent dans (midbar),désert. La parole est comme un désert. Elle ne devient vivante, elle ne prend toute sa signification, que pour celui qui sait l'entendre, l'écouter.


La guemara (7) commente ainsi les paroles d'Isaïe (8): "II discerne le dessein et magnifie la sagesse ": Le mot (touchia) que nous avons traduit par sagesse signifie devarim chel téou chéolame "Des paroles chaotiques (vides de sens manifeste) sur lesquelles le monde repose".


Pour celui qui ne veut pas écouter, ce sont là, en effet, des mots vains, vides de sens. Le monde ne peut devenir un monde humain que si la parole est rendue à la parole. Si nous réapprenons à écouter et à découvrir le sens latent, la signification cachée.

 

Voilà l'enseignement que l'on peut tirer de l'étude du Talmud. Le terme (touchia) est composé de (tohou) chaos et de (yéche) être. Apprendre le Talmud, c'est faire exister le latent, c'est donner une signification au chaotique.


L'homme est seul à disposer de la parole, cet outil extraordinaire, aux possibilités infinies de construire et de véhiculer des concepts.

Mais nous sommes loin de savoir maîtriser cet instrument qu'est le discours.

 

Au contraire, dans notre société tout se conjugue pour l'aliéner, pour le chosifier, pour le transformer en mots objets ou mots gadgets.


Le but du Talmud est de rendre à la parole sa voix vivante et d'établir ainsi une véritable communication à l'intérieur de nous-mêmes et avec les autres.


(1) Avott 4, 5
(2) Avott 4,1
(3) Psaumes 119,99
(4) Deutéonome 30, 12; Baba Metsia 59b
(5) Chabatt, 83b
(6) Nombres 19, 14
(7) Sanhédrine, 26b
(8) Isaie 28, 29

(Ce texte est paru dans un ouvrage de la collection Oui... sur le judaïsme. Reproduit avec l'aimable autorisation du Département de l'Education et de la Culture par la Torah de l'Agence Juive.)


Que m'apporte l'étude du Talmud ?

Selon Freud, le désir de comprendre, d'approfondir, de découvrir, renvoie à la curiosité de tout enfant relative à la "scène primitive ", c'est-à-dire aux secrets d'alcôve des parents.
II s'agit, en fait, de l'énigme des origines.
D'où est-ce que je viens?
Comment m'a-t-on conçu, fabriqué?
C'est une interrogation permanente que l'on peut éviter ou déplacer vers d'autres sujets d'intérêt, mais qui n'en reste pas moins là en filigrane.
Pour moi, juif, cette interrogation revêt un aspect tout particulier puisque, bon gré, mal gré, je suis autre, que j'assume pleinement mon altérité ou que j'attende que les autres me la rappellent. Si je ne veux pas me voiler délibérément la face, si je ne veux pas me renier ou subir, tel un somnambule , passivement mon destin , je ne peux échapper à la question de mes origines: Que suis-je en tant qu'homme? En tant que juif? D'où est-ce que je viens et où est-ce que je vais?

C'est cette interrogation qui fait l'objet de la fameuse michna d'Akavia ben Mahalalél (1): "Considère trois facteurs et tu ne viendras pas à transgresser la parole de Dieu: sache d'où tu viens, où tu vas et devant qui tu auras à rendre des comptes ".
Transgresser, c'est passer son chemin sans se poser des questions

Remarquons qu'il ne s'agit pas de péché, de mort ('hétt), mais de transgression, de (avéra). Or, mine (avéra) vient de (avar) "passer devant, traverser".

Transgresser, c'est passer son chemin sans se poser des questions; c'est traverser la vie sans s'interroger sur ses origines, ses responsabilités, ses buts, c'est-à-dire sur le sens de la vie. Or, comment mener à bien cette quête? Où trouver des réponses à ces interrogations sinon dans les textes du Talmud? Seuls, ils peuvent nous remettre en contact avec nos origines authentiques.

C'est en découvrant le langage allusif, à connotations multiples, en familiarisant nos oreilles, notre bouche, notre raisonnement avec ce discours authentiquement juif, que nous parvenons à récupérer une identité et à comprendre la manière de l'assumer.

Découvrir son identité

Ma première réponse sera donc: c'est pour découvrir mon identité de juif, c'est pour pouvoir m'assumer en tant que juif, pour comprendre mes responsabilités en tant qu'homme appartenant au peuple juif, que je cherche à me réaliser par l'étude .

D'autre part, le Talmud est une parole vivante, une voix qui parle. Ecouter attentivement la parole, lui restituer ses significations latentes, n'est-ce pas le meilleur moyen d'apprendre à communiquer?


D'abord communiquer avec soi-même, entre les différentes instances de l'être; entre le conscient, l'inconscient, les différentes facettes de la personnalité écartelée entre les différents rôles sociaux que l'on est amené à jouer.


L'écoute attentive, à travers le Talmud, KOL HATORAH, de la voix de la Torah, évoque pour moi du réel, du vécu, même si je ne parviens pas toujours à comprendre avec ma raison.

 

A frayer mon chemin à travers des textes difficiles où les significations profondes n'apparaissent qu'à l'issue de lectures répétées, car soigneusement dissimulées derrière le sens manifeste du texte d'apparence anodine, j'espère apprendre à me déchiffrer moi-même, à établir une certaine unité entre les différentes parties de mon être.

C'est comme si j'analysais des rêves dans le sens psychanalytique du terme. Il ne s'agit pas d'une introspection contemplative avec plus ou moins de complaisance à l'égard de soi, mais d'une démarche où participe toute la personnalité dans une opération de remise en question permanente.

Apprendre à communiquer

Mais au-delà de cette communication intrapersonnelle, le Talmud apprend à communiquer entre hommes. Dans une société qui, ayant vaincu le mur du son, a vu s'élever la barrière des communications, et cela malgré les énormes progrès réalisés dans le domaine des media, il s'agit là d'une ressource appréciable.

Dès l'histoire de la Tour de Babel, l'illusion existe que plus on concentrera d'hommes sur une surface restreinte, plus on maîtrisera les distances et plus on facilitera les communications entre hommes.

 

L'illusion continue de nos jours grâce à la vitesse et aux mass media électroniques (radio, téléphone, télévision, informatique) . Or, en réalité, à chaque nouvelle victoire dans ce domaine, c'est le contraire qui semble se produire.  


En effet, pour qu'il y ait communication réelle, il faut que deux individus se parlent, s'écoutent réciproquement, en s'efforçant de comprendre ce que parler et écouter veulent dire.


Les paroles sont là, posées entre eux deux, pour ainsi dire à mi-distance de l'un et de l'autre, et ensemble ils cherchent à les faire parler, à les écouter, à leur donner un sens

Rabbi 'Hanania ben Tradione dit (2): "Lorsque deux hommes sont assis et qu'il y a entre eux des paroles de la Torah, la Chéhina (une des manifestations divines) repose entre eux".

Les termes employés ici sont: "il y a entre eux" et non: "ils étudient" ou "ils s'occupent de", pour bien mettre l'accent sur la communication réelle.

Les paroles ne sont ni celles de X, ni celles de Y; il n'y a pas de désir ou de tentative de manipulation, d'assujettisement, d'influence. Les paroles sont là, posées entre eux deux, pour ainsi dire à mi-distance de l'un et de l'autre, et ensemble ils cherchent à les faire parler, à les écouter, à leur donner un sens. C'est ainsi qu'ils s'assument en tant qu'hommes et accomplissent l'œuvre du Créateur.

Pour tous ceux qui ont été dans un Beith Hamidrache (3), ce phénomène a quelque chose de familier. A ceux qui n'ont pas eu ce privilège je conseille cette expérience.

Arrêtez-vous au seuil d'une de ces "salles de recherche", "d'interprétation ", regardez, écoutez. Vous n'y verrez pas une assemblée de savants, vous n'y entendrez pas un cours magistral, mais vous rencontrerez des couples d'hommes qui parlent, qui cherchent, qui réfléchissent ensemble. Et vous pourrez dire avec Bialik que vous avez trouvé la source à laquelle le peuple juif puise ses forces et son esprit.


Si vous avez la chance d'avoir décodé vous-même un texte, vous comprendrez que dans la communication, le Talmud, c'est à la fois le media et le message .
En cheminant à travers les pages, chacun peut constater quelle merveilleuse école de communication le Talmud constitue. Chaque mot, chaque phrase, attire l'attention sur cette dialectique fondamentale entre le contenu manifeste (nigla) et le contenu caché (nistar), l'importance des lettres, des mots, de la syntaxe, la valeur du signifiant indépendamment du signifié.

Prendre en compte cette double signification de la parole
, comprendre que le mot a une valeur en lui-même en tant que signifiant et non seulement par ce qu'il est censé dénoter, le Talmud nous y invite à chaque instant avec cette propriété de la langue hébraique de permettre à un même mot de prendre successivement toute une série de significations (4).

Combler le fossé entre générations

La Torah a également prévu le point où les communications subissent leur échec le plus considérable, là où elles semblent définitivement en panne. je pense au mur qui s'élève entre les générations.

Elle nous dit: "Et tu l'enseigneras à ton enfant pour en parler" (5). II ne s'agit pas d'un enseignement castrateur, ni d'instruction religieuse ou d'une manipulation aliénante quelconque. tu en parleras.


Or parler c'est aussi écouter, entendre, découvrir ensemble.

Mais en parler quand, comment, à quel propos, dans quel cadre?

La réponse est nette: "Lorsque tu es en repos à la maison, quand tu marches sur la route, au lever et au coucher."

C'est-à-dire d'une façon informelle, non planifiée, à chaque instant, à propos de tout, de n'importe quoi. C'est ainsi que l'on communique avec les enfants et non à coup d'instruction religieuse et de cours d'éducation sexuelle.

Que les parents fassent leur métier de parents, qu'ils parlent aux enfants au lieu de leur asséner des vérités toutes faites, une éthique que leur comportement contredit, ou de démissionner purement et simplement.

Mais où trouver le temps?!

Assumer mes origines, apprendre à communiquer avec moi-même, avec les autres, avec mes enfants, avec les jeunes. Mais le temps? Où trouver le temps, à côté de toutes les obligations professionnelles et sociales?

Justement, le temps sera le dernier apport que j'évoquerai à propos du Talmud: oui, l'étude du Talmud m'aide à maîtriser le temps, cette denrée dont la pénurie nous affecte tous.


Des économistes (6) ont démontré récemment que, compte tenu du temps de travail nécessaire pour gagner l'argent de l'achat et de l'entretien de nos automobiles, ces dernières nous permettent à peine de faire des économies en temps de déplacement.

 

En d'autres termes, si au lieu de travailler x heures pour acheter et entretenir une voiture nous consacrions ce temps à marcher à pied, ou à rouler à bicyclette, nous pourrions parcourir une distance sensiblement identique à celle que nous permet de faire notre véhicule dans le peu de temps de loisirs qui nous reste. II s'agit d'une aliénation caractérisée que chacun ressent avec plus ou moins d'acuité.

Ces minutes dérobées, gagnées sur mes "obligations ", m'aident à ne pas me laisser déborder par le temps

Passer tous les jours quelques minutes à se frayer un passage dans un texte du Talmud qui me renvoie à moi-même, à mes origines, aux autres hommes, je le considère comme un moyen de réduire cette aliénation.

Car il ne s'agit ni d'une méditation ni d'une contemplation mais plutôt d'une médiation, d'une analyse directement centrée sur l'homme dans la réalité du monde, qui conduit à se remettre en question.

Ces minutes dérobées, gagnées sur mes "obligations", m'aident à ne pas me laisser déborder par le temps, par le travail, C'est là aussi d'ailleurs, une des richesses du Chabatt qui n'est pas inaction ou loisir, mais retour sur soi, libération dans la remise en question des chaînes matérialistes.

Ben Bag-Bag et Ben Hé-Hé

Je conclurai par les dernières phrases des Pirké Avoth (7) qui résument bien ces réflexions: Ben Bag-Bag dit: "Remue, oui, remue là-dedans, car tout est là-dedans". De son côté, Ben Hé-Hé conclut par une phrase très courte: "Selon la peine, la récompense".


La Torah n'est le privilège de personne, mais appartient à tous ceux qui l'assument

Un premier enseignement: on est frappé dès l'abord par l'incongruité de ces noms, Ben BagBag et Ben Hé-Hé. On dirait une plaisanterie, un canular. Mais selon la plupart des commentateurs, ces noms sont effectivement portés par deux convertis au judaisme. C'est que la valeur numérique de Bag: (bétt +guimel) = 2 + 3 = 5, est équivalente à "hé"=5.

On donnait de tels sobriquets aux descendants des étrangers convertis, pour signaler qu'ils étaient, au même titre que les autres juifs, issus d'Abraham et de Sarah qui ont reçu le "" comme signe de leur alliance avec Dieu pour fonder le peuple juif. Par ailleurs, le "" est aussi la lettre essentielle du mot (Torah).

Nos Sages tiennent à souligner que la Torah n'est le privilège de personne, mais appartient à tous ceux qui l'assument.

Le peuple juif n'est pas une race, une nation ou une religion, mais c'est le peuple de la Torah, c'est le peuple des Hé-Hé et des Bag-Bag.

Un second enseignement: la Torah ne livre pas sa signification d'emblée, il faut la remuer, la retourner dans tous les sens; le manifeste doit être compris en fonction du talent.


Enfin, il faut se donner de la peine, non seulement parce que le texte du Talmud est difficile, mais aussi parce qu'il faut se remettre en question, "se dépouiller" "se mettre à mort". D'ailleurs, littéralement l'expression (lefoum tsaora) utilisée par Ben Hé-Hé ne signifie pas "selon la peine ", mais "selon la bouche de la peine".

 

La récompense, le rétablissement de la communication à l'intérieur de nous-mêmes et avec les autres, ne peut se faire qu'au prix de la peine de la bouche qui parle vrai, sans faux-fuyants, à des oreilles qui écoutent, non pour conforter, ou justifier, mais pour apprendre et comprendre.

(1) Avott 3,1.
(2) Avott 3,2
(3) Littéralement :maison de l'interprétation , de la quête .C'est ainsi qu'on désigne l'endroit ou l'on étudie le Talmud.
(4) Aucun texte sacré ne comporte de voyelles ni de ponctuation. En outre, l'alphabet hébraïque est alphanumérique , chaque lettre ayant la valeur d'un nombre
(5) Deutéronome 6,7
(6) Ivan Ilitch notamment. Voir aussi l' article de Yves Debouverie et Jean-Pierre Dupuy dans Le Monde du 23 juillet 1974
(7) 5,22

(Ce texte est paru dans un ouvrage de la collection Oui... sur le judaïsme. Reproduit avec l'aimable autorisation du Département de l'Education et de la Culture par la Torah de l'Agence Juive.)


J'espère en vous faisant lire ces articles que cela aura éclairé votre "lanterne" et que vous serez sur un chemin éclairé !!!Hé! hé!!

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Published by Barbara de Toulouse - dans Ecrits "sacrés"
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  • : Réflexions sur le début du christianisme et du judaïsme rabbinique .Tout n'est pas fait de dogmes mais aussi de faits historiques et c'est cela qui m'intéresse. Le côté humain de la "chose". Les chrétiens ne connaissent rien sur l'histoire de leur religion et encore moins sur le berceau .Deux communautés issues d'une même "famille",qui se sont ignorées, voire combattue pendant des siècles, à coup de pogroms, de bûchers et d'anathèmes et pourtant elles sont "soeurs"......
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