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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 10:07

Dion Chrysostome (ou Dion de Pruse). - Rhéteur et philosophe grec, né à Pruse, en Bithynie, vers l'an 30 ap. J: C. Il fut d'abord sophiste et enseigna la rhétorique. Comme il remplissait certaines fonctions publiques, le peuple se révolta contre lui et essaya de mettre le feu à sa maison. A la suite de cet événement, il quitta sa ville natale et se mit à voyager. En Égypte, il rencontra Vespasien, qui fut charmé par son talent et l'emmena en Italie. Il acquit à Rome une grande réputation comme professeur de rhétorique. Ayant protesté, sous Domitien, dans un écrit courageux, contre le supplice d'un noble personnage, victime de l'empereur, il dut quitter Rome. Nous le voyons alors, réduit à la pauvreté, errer de contrée en contrée, non plus en enseignant son art, mais en prêchant la morale. Il parcourt la Thrace, la Scythie. Chez les Gètes, il apprend l'avènement de Nerva. Des légions, campées non loin de là, menacent de se révolter. Dion accourt, peint aux soldats les vices de Domitien et les vertus de son successeur; grâce à son éloquence, la sédition est apaisée. Peu de temps après, il revient à Rome. C'est là qu'il mourut en l'an 117, après avoir joui d'une grande faveur auprès de Nerva et de Trajan. Dion, comme sophiste, cultiva l'éloquence frivole qui était, de son temps, si fort à la mode. Il donnait des séances publiques, dans lesquelles il développait d'ingénieux paradoxes, déclamait contre Socrate, contre Zénon, faisait l'éloge du perroquet et de la puce. Tel était le goût du jour.

L'exil le rappela aux pensées sérieuses. Ce fut une véritable conversion. Autant le sophiste avait été pédant, arrogant, de moeurs licencieuses, autant le philosophe fut grave et modeste. Le monde lui fut subitement révélé. Comme sa vie errante et sa condition médiocre le faisaient prendre pour un sage, on venait de partout le consulter sur des affaires particulières, sur des cas de conscience, etc. Il s'aperçut alors que tous les humains étaient uniquement occupés d'intérêts, de plaisirs. Il fit un retour sur lui-même et eut conscience de sa propre folie, de la vanité de son talent. II se mit à faire de la prédication populaire. C'était une philosophie d'un genre nouveau. La méditation cessa d'être une occupation de grand seigneur, réservée aux âmes bien nées que tourmentait une conscience délicate. Elle descendit parmi la foule et fut rendue accessible aux plus humbles. Cette révolution fait de Dion une figure très intéressante dans l'histoire des idées morales de l'Antiquité. Âme ardente, passionnée, il résume son époque et donne une idée très nette de ce bouleversement moral, de ce trouble des consciences, de ce besoin aussi d'éloquence et de beau langage qui caractérisent le Ier siècle de notre ère. (P. Girard).

 

 

 

Dion Cassius (Cassius Dio Cocceiu ou Coccianus), célèbre historien grec, né à Nicée en Bithynie, vers 170 ap. J.-C., mort vers 235. Sa vie - quoiqu'il remplit des fonctions administratives importantes - nous est connue surtout par ce qu'il en a dit lui-même dans son histoire. Son père, Cassius Apronianus, avait été successivement sous Marc-Aurèle gouverneur de Dalmatie et de Cilicie. Par sa mère il descendait probablement du grand orateur Dion Chrysostome (ci-dessus), et c'est à cause de cette parenté qu'il a sans doute pris le surnom de Cocceianus. En 180, il vint à Rome, fut admis au Sénat en 193, sous Pertinax, exerça les fonctions de préteur. Il fut consul deux fois; la date de son second consulat nous est seule connue et d'après Dion lui-même (LXXX, 4; cf. C. I. L., t. III, 5587); elle doit être placée en l'an 229. Sous Macrin, Dion avait été préfet de Pergame et de Smyrne, et sous Alexandre Sévère il avait successivement été envoyé comme proconsul en Afrique, en Dalmatie et dans la Pannonie supérieure. Après son second consulat, il se retira chez lui où il mourut à un âge avancé.

Dion Cassius commença de bonne heure sa carrière d'écrivain. Il débuta par un livre sur les prodiges et sur les songes qui avaient annoncé l'avènement de Septime Sévère, livre qui lui valut les vives félicitations de l'empereur. On a supposé, sans grandes raisons, que ce livre pourrait bien être celui que Suidas (au mot Diôn) désigne sous le nom d'Enodia. Peu après, nous raconte Cassius, un génie (daimonion) lui apparut en songe (LXXII, 23) et lui ordonna d'écrire un ouvrage historique. Obéissant à cet ordre divin, Dion écrivit une biographie de Commode qui eut un grand succès, puis, sur de nouvelles injonctions de ce génie, il conçut le plan d'une histoire générale de Rome. Pour mener à bien une entreprise aussi considérable, il vécut dans la retraite à Capoue, autant du moins que le permettaient ses fonctions administratives. Pendant dix ans (201-211), il recueillit les matériaux de son ouvrage et employa dix autres années (211-222) à les mettre en ordre et à rédiger la plus grande partie de ce travail gigantesque qui fut probablement achevé à Nicée. Dion avait écrit en outre une histoire de Trajan (Ta kata Traianon) et une biographie de son compatriote Arrien. L'histoire de Trajan n'était peut-être qu'un fragment de l'histoire générale de Rome, et la vie d'Arrien une production de jeunesse. On lui a encore attribué deux autres ouvrages, l'un intitulé Persika, l'autre Getika, mais ils ne sont certainement pas de lui.

Son ouvrage capital nous est seul parvenu et encore présente-t-il des lacunes aussi considérables que fâcheuses. Il était intitulé Rômaiké historia et comprenait l'histoire de Rome depuis l'arrivée d'Énée en Italie jusqu'au règne d'Alexandre Sévère, exactement jusqu'en l'année 229 ap. J.-C. II se composait de quatre-vingts livres divisés en Décades, comme l'histoire de Tite-Live, ou même en Pentades. Les livres I à XL donnaient l'histoire de Rome depuis les origines jusqu'au commencement de la guerre civile entre César et Pompée; les livres XLI à LX allaient jusqu'à la mort de Claude et les livres LXI à LXXX jusqu'en 229. De cet ouvrage nous ne possédons aujourd'hui qu'une faible partie, c. -à-d. les livres XXXVI et suivants jusqu'au LXe, ch. XXIX, soit de l'an 686 de Rome av. J.-C. jusqu'à l'année 800 de Rome, 47 ap. J.-C., et encore cette partie présente-t-elle de nombreuses lacunes et de graves mutilations, particulièrement au début du livre XXXVI et dans les livres LIV et suivants. Nous avons aussi les livres LXXVIII, 2, et LXXIX, 8, 3, d'après un seul manuscrit (Vatic., 1288). Les lacunes considérables de cet ouvrage peuvent cependant être comblées dans une certaine mesure. Zonaras nous donne un abrégé plus ou moins exact des trente-cinq premiers livres; et J. Xiphilin nous donne l'abrégé des autres livres. D'autres fragments, plus ou moins exactement reproduits, nous sont encore fournis par le recueil composé sur les ordres de Constantin Porphyrogénète, par le grammairien Leo et les abréviateurs du Moyen âge.

Comme Diodore, Dion Cassius a été l'objet des jugements les plus divers. Ces jugements se concilieront facilement si l'on veut distinguer deux parts dans son oeuvre. Quand Dion raconte - souvent d'une façon très sommaire - les événements très anciens, ceux dont il n'a connaissance que par d'autres témoignages, il est sujet à mainte erreur; il fait preuve d'une fâcheuse partialité, d'une crédulité extraordinaire aux songes et aux prodiges. Quand, au contraire, il témoigne de ce qu'il a vu, de ce qu'il savait très bien d'après le maniement des affaires publiques (l'exposé mis dans la bouche de Mécène XLII, 14-40, convient à un véritable homme d'État), c'est un témoin considérable et digne de notre confiance; les inscriptions et les médailles ont au reste souvent confirmé les renseignements qu'il nous fournit. L'oeuvre de Dion a donc une importance considérable au point de vue historique; de plus, elle se présente à nous sous une forme tout à fait remarquable. L'auteur montre en effet un grand talent d'exposition, il a le don de la vie. Imitateur de Thucydide, il n'a pas sans doute égalé son modèle; il lui a du moins pris quelques-unes de ses qualités, la concision, l'art de composer des discours pleins de faits et d'idées. Sa langue, malgré quelques latinismes, quelques néologismes, se rapproche de celle des meilleurs écrivains. Dion avait vécu pendant longtemps dans l'intimité des chefs-d'oeuvre grecs; il avait consacré dix ans, plus peut-être, à composer son ouvrage, à lui donner sa forme dernière : il semble qu'il n'ait pas tout à fait perdu son temps et sa peine. (S. D.).

 

 

 

Chrysostome  (Saint Jean). - Patriarche de Constantinople et l'un des plus illustres parmi les pères de l'Église grecque, né entre  344 et 354, à Antioche, mort en 407 près de Comana dans le Pont. Fils d'un officier attaché à la préfecture du prétoire d'Orient, et demeuré orphelin de bonne heure, il fut élevé par sa mère et instruit à l'école du célèbre sophiste Libanius, où il se fit bientôt remarquer par ce don de la parole qui lui valut plus tard le surnom de Chrysostome, c.-à-d., bouche d'or. Après de brillants débuts au barreau d'Antioche, Jean se lassa vite des études profanes. Il s'adressa à l'évêque Meletius qui l'attacha à son clergé en qualité de lecteur. Mais son âme ardente trouvait insuffisante cette préparation au sacerdoce : et si les résistances de sa mère le retinrent quelque temps dans le monde, bientôt on le vit, se dérobant à l'épiscopat, s'enfuir dans les solitudes voisines d'Antioche et pendant quatre ans vivre au désert, s'abîmant dans l'étude, dans la contemplation, dans des privations inouïes. C'est vers ce temps qu'il composa ses premiers ouvrages : son Dialogue sur le sacerdoce, où il s'excuse d'avoir refusé l'épiscopat; son Exhortation à Théodore, éloquent traité à la louange de la vie monastique, ses trois livres à Stagire, qui avait traversé comme lui la crise de l'ascétisme, et y avait presque perdu la raison. De retour à Antioche, il fut en 382 nommé diacre, et en 386 ordonné prêtre par l'évêque Flavien qui lui confia l'instruction du peuple dans sa ville épiscopale. Ses premières prédications attirèrent bientôt par leur éclat l'attention de la chrétienté orientale, lorsque la sédition d'Antioche vint offrir une plus glorieuse occasion à son génie. En 387, une émeute avait renversé les statues impériales, et la colère de Théodose menaçait la cité d'un châtiment terrible. 

Pendant que l'évêque Flavien allait à Constantinople pour tenter de fléchir l'empereur, Chrysostome eut la charge de soutenir le courage des habitants, de consoler la population tremblante; et une série d'homélies nous montrent comment il sut calmer les anxiétés de la cité rebelle, et tirer de la consternation générale l'occasion de sévères leçons et de touchants conseils. Quand il put enfin, du haut de la chaire, annoncer le pardon impérial, le crédit de l'éloquent prêtre devint immense; et, pendant dix ans, sa renommée alla en croissant. Les homélies qu'il prononça de 387 à 397 font revivre sous nos yeux cette civilisation chrétienne d'Orient avec ses superstitions, son luxe, ses fêtes, les raffinements de sa mollesse, son élégance exquise et recherchée, tous ses excès enfin que censure si vivement Chrysostome. Sa prédication à la fois savante et populaire, plus passionnée que logique, plus remplie d'images éclatantes que d'arguments, à la fois familière et persuasive, ardente et pathétique, ne pouvait manquer de séduire par son ampleur élégante, par la mélodieuse harmonie et l'éclat de son style coloré, par les hardiesses d'une imagination éblouissante, l'esprit cultivé des Grecs asiatiques. Aussi bien l'éclat de son génie attirait sur lui les regards de tout l'empire, et quand, en 397, le siège patriarcal de Constantinople fut vacant, Eutrope, le tout-puissant ministre d'Arcadius, ne crut point pouvoir désigner un plus illustre candidat au choix de l'empereur. Pour décider Chrysostome, il fallut l'enlever d'Antioche par une véritable surprise; arrivé à Constantinople, il céda cependant, et malgré les intrigues du patriarche d'Alexandrie, Théophile, il fut intronisé le 2 février 398.

Le nouveau patriarche apporta à Constantinople la même liberté de langage qu'il avait à Antioche; sa volonté impérieuse et prompte n'admettait ni les tempéraments ni l'indulgence; l'austérité de ses moeurs, son amour de la solitude le privaient un peu de l'expérience du monde, et malgré sa simplicité, son désintéressement, sa sobriété, il manquait d'une vertu essentielle, l'amour de la paix. Pour assister les pauvres, il supprima tout luxe dans l'église; il vécut loin de la cour, dans la solitude, et en moins de trois mois, par ses réformes violentes et hâtives, il avait soulevé son clergé contre lui, mécontenté les évêques des diocèses voisins, et inquiété la cour qui craignait en lui un censeur. Ses sermons, qui donnent une curieuse description du luxe de la société byzantine, sont pleins de remontrances, d'avertissements, presque de menaces adressées aux riches et aux puissants; et si par ses censures et par son éloquence, le patriarche gagnait dans les classes populaires un immense prestige, en revanche, il se trouva bientôt en conflit ouvert avec Eutrope au sujet du droit d'asile ecclésiastique. La chute du tout-puissant ministre (399) accrut pourtant la puissance de Chrysostome; il sut, dans un discours célèbre, protéger contre le peuple et l'empereur même le favori tombé, réfugié à Sainte-Sophie, et tirer de ce grand exemple de la vanité des choses humaines de hauts enseignements. Peu après, il sut arrêter Gaïnas, révolté contre l'empereur; mais l'excès de son zèle, la sévérité de ses remontrances, qui n'épargnèrent pas même l'impératrice Eudoxie, soulevèrent contre lui une coalition redoutable. Un concile fut convoqué à Constantinople, et, sous l'influence du patriarche d'Alexandrie, Théophile, il admit les accusations, en particulier celle d'origénisme, introduites contre Chrysostome; l'imprudence du patriarche qui continuait pendant ce temps ses véhémentes prédications, et qui fut accusé d'avoir dans un discours comparé à Hérodiade et à Jézabel l'impératrice Eudoxie, acheva sa perte; il fut solennellement déposé de son siège et banni pour crime de lèse-majesté (403).

Enlevé pendant la nuit par crainte d'un soulèvement populaire, Chrysostome fut exilé en Bithynie. Mais le peuple s'agitait en faveur de son défenseur; un tremblement de terre qui survint parut un signe de la colère divine, et l'impératrice elle-même épouvantée demanda le rappel du banni. Il revint à Constantinople au milieu des acclamations universelles, et, malgré sa résistance, fut contraint par l'enthousiasme populaire de remonter dans la chaire de Sainte-Sophie. Son triomphe devait être de courte durée. Dès la fin de l'année 403, il s'éleva dans son église contre les jeux célébrés aux portes mêmes de Sainte-Sophie en l'honneur de l'impératrice, et reprit ainsi, avec peu de circonspection, la lutte interrompue. Eudoxie demanda vengeance, et, comme Chrysostome siégeait sans avoir été absous de la condamnation de 403, un nouveau concile fut convoqué pour juger le patriarche. L'assemblée fut cette fois encore pleine de scandales et de tumulte; pendant que le concile délibérait, Chrysostome parlait dans Sainte-Sophie, et sa popularité balançait l'influence de ses ennemis. Enfin le concile confirma la déposition du patriarche (mars 404); mais le peuple s'empressait autour de son évêque. Il fallut employer la force, et le sang coula jusque dans l'église. Malgré l'appel qu'il interjeta à Rome, Chrysostome fut exilé à Nicée, et de là conduit à Césarée en Cappadoce. Mais malgré son éloigneraient, le patriarche déposé demeurait redoutable; à Constantinople, ses partisans se soulevaient contre son successeur, mettaient le feu à Sainte-Sophie, et, dans l'émeute, la moitié de la ville était ruinée par les flammes.

En Occident, le pape Innocent et l'empereur Honorius s'intéressaient à la cause de Chrysostome; et, du fond de son exil, le patriarche, d'abord relégué à Cucuse dans le Taurus, et peu après dans la forteresse d'Arabissus, entretenait, par les lettres qu'il adressait au monde chrétien et qui nous sont conservées, la pitié qu'excitait son martyre. Cette popularité inquiéta l'empereur; l'ordre fut donné de transférer Chrysostome sur la côte de l'Euxin, à Pityonte, et, malgré son âge, on fit en plein été traverser à pied à l'exilé l'Asie Mineure tout entière. Il ne résista pas à cette dernière épreuve; épuisé de fatigue, brisé par la brutalité, peut-être volontaire, des soldats de l'escorte, il mourut en chemin auprès de Comana du Pont, vers l'âge de soixante ans. Ses funérailles furent faites au milieu d'un concours immense de population, ses restes rapportés à Constantinople en 438; mais dès 414, le pape Innocent  avait obtenu qu'il fût placé au rang des saints.

Il existe plusieurs éditions des oeuvres de Chrysostome, par exemple celle de Montfaucon (Paris, 1718-1738, 13 vol. in-fol.) ; et la collection de ses oeuvres choisies, Opera selecta (Paris, 1861-1862, 2 vol.). Ses ouvrages ont été traduits sous la direction de Jeannin (Bar-le-Duc, 1861-1867, t. I-XI), et par Bareille (Paris, 1864-1873, 26 vol.).(Ch. Diehl).

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Published by Barbara de Toulouse - dans Et si Rome m'était conté !!
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